Prédication de Daniel Wittman du dimanche 3 avril 2005
"Jacob lutte avec l'ange!"
Lectures : Ge 32 : 23-33 Pendant la nuit, Jacob se lève. Il prend ses deux femmes, ses deux servantes et ses onze enfants. Il leur fait passer le torrent du Yabboq avec tout ce qu’il possède. Jacob reste seul. Quelqu’un lutte avec lui jusqu’au lever du jour. L’adversaire de Jacob voit que dans la lutte, il n’arrive pas à être plus fort que lui. Alors il le frappe à la hanche et, pendant le combat, il le blesse à la hanche. Puis il dit à Jacob: «Le jour se lève. Laisse-moi partir.» Jacob répond: «Je ne te laisserai pas partir. Bénis-moi d’abord.» L’autre demande: «Quel est ton nom?» Jacob répond: «Je m’appelle Jacob.» L’autre continue: «Tu ne t’appelleras plus Jacob. Ton nom sera Israël. En effet, tu as lutté avec Dieu et avec les hommes, et tu as été le plus fort.» Jacob lui demande: «Je t’en prie, dis-moi ton nom.» L’autre répond: «Tu veux savoir mon nom? Pourquoi donc?» Puis il bénit Jacob. Jacob dit: «J’ai vu le visage de Dieu, et je suis encore en vie!» Et il appelle cet endroit Penouel, c’est-à-dire «Visage de Dieu». (32:33) Quand le soleil se lève, Jacob passe la rivière à Penouel. Il boite à cause de sa hanche. Aujourd’hui encore, les Israélites ne mangent pas le muscle de la hanche. En effet, Jacob a été blessé à ce muscle. Luc 22 :39-46 Après être sorti, il alla, selon sa coutume, à la montagne des oliviers. Ses disciples le suivirent. Lorsqu’il fut arrivé dans ce lieu, il leur dit: Priez, afin que vous ne tombiez pas en tentation. Puis il s’éloigna d’eux à la distance d’environ un jet de pierre, et, s’étant mis à genoux, il pria, disant: Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe! Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne. Alors un ange lui apparut du ciel, pour le fortifier. Etant en agonie, il priait plus instamment, et sa sueur devint comme des grumeaux de sang, qui tombaient à terre. Après avoir prié, il se leva, et vint vers les disciples, qu’il trouva endormis de tristesse, et il leur dit: Pourquoi dormez-vous? Levez-vous et priez, afin que vous ne tombiez pas en tentation. 1.Introduction André Malraux, qui était prophète à ses heures, aurait prédit que le 21e siècle serait spirituel ou ne serait pas. Et c’est vrai que toutes les questions relatives à la recherche spirituelle, au cheminement spirituel, aux formes de la spiritualité sont des thèmes très porteurs dans notre société post moderne. C’est aujourd’hui la journée de la Mission. L’une de ses formes n’est-elle pas de proposer aux gens en recherche tout azimut une forme vivante, authentique et biblique de la spiritualité, à la fois dans l’accompagnement des personnes, souvent dans des situations difficiles, que dans les formes communautaires de la spiritualité, dans le cadre de l’Eglise locale. Dans cette optique le culte peut devenir le premier lieu d’évangélisation. Mais qu’est-ce qu’au juste que la spiritualité ? Voici la définition qu’en donnait Jacques Buchhold dans un colloque sur la spiritualité évangélique organisé en 1996 à Vaux : C’est tout ce qui a rapport à la vie de Dieu dans l’âme de l’être humain. Autrefois on parlait de mystique, et les protestants ont été très réservés sur ce mot. Le terme spiritualité fait sont apparition au 16e siècle et tend à le remplacer à présent. Comment Dieu est-il présent, agit-il, ou plutôt comment interagit-il dans la vie des hommes, et dans ma propre vie ? Comment ma relation à Lui par Jésus-Christ s’exprime-t-elle dans ma vie personnelle et dans ma communauté ? Comment le Seigneur change-t-il parfois le cours de ma vie grâce à cette interaction ? Je vous invite ce matin à méditer un des passages les plus énigmatiques de l’AT, qui relate une étape fondamentale dans le cheminement spirituel d’un homme et qui n’est pas n’importe qui, puisqu’il s’agit de Jacob, le père des 12 tribus du peuple d’Israël. Nous lisons : Ge 32 : 23-33 Jacob demeura seul. Alors un homme lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore. Voyant qu’il ne pouvait le vaincre, cet homme le frappa à l’emboîture de la hanche; et l’emboîture de la hanche de Jacob se démit pendant qu’il luttait avec lui. Il dit: Laisse-moi aller, car l’aurore se lève. Et Jacob répondit: Je ne te laisserai point aller, que tu ne m’aies béni. Il lui dit: Quel est ton nom? Et il répondit: Jacob. Il dit encore: ton nom ne sera plus Jacob, mais tu seras appelé Israël; car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur. Jacob l’interrogea, en disant: Fais-moi je te prie, connaître ton nom. Il répondit: Pourquoi demandes-tu mon nom? Et il le bénit là. Jacob appela ce lieu du nom de Peniel: car, dit-il, j’ai vu Dieu face à face, et mon âme a été sauvée. Le soleil se levait, lorsqu’il passa Peniel. Jacob boitait de la hanche. C’est pourquoi jusqu’à ce jour, les enfants d’Israël ne mangent point le tendon qui est à l’emboîture de la hanche; car Dieu frappa Jacob à l’emboîture de la hanche, au tendon. C’est un passage très énigmatique et qui nous pose beaucoup de questions auxquelles nous ne pourrons pas toutes répondre. Par exemple : ·Qui est l’homme mystérieux que rencontre Jacob ? ·Quelles sont ses motivations ou ses intentions ? ·A quoi Jacob reconnaît-il que cet homme n’est pas une créature ordinaire ? ·Jacob a-t-il réellement lutté avec Dieu ? ·Si oui, comment pu-t-il être le plus fort ? ·Pourquoi Jacob sera-t-il diminué physiquement dans ce combat ? ·Pourquoi l’homme refuse-t-il de s’identifier ? Un passage énigmatique, mais un récit fondateur dans l’histoire d’Israël ! ·Jacob reçoit un nom nouveau, preuve que cet épisode constitue un tournant dans sa vie ·Et ce nom deviendra celui du peuple élu, le peuple d’Israël. Nous assistons là à une étape décisive dans l’histoire du salut. Osée ne s’y trompe pas lorsqu’il écrit : Il (Jacob) lutta avec l’ange, et il fut vainqueur, Il pleura, et lui adressa des supplications. Jacob l’avait trouvé à Béthel, Et c’est là que Dieu nous a parlé. Mais ce qui m’a surtout frappé dans ce texte lorsque je l’ai repris ces jours-ci, c’est son étonnant parallélisme avec le récit du jardin de Gétsémané que nous avons lu tout à l’heure. Comme Jacob à Péniel, son ancêtre, Jésus a du lutter dans le jardin de Gétsémané. Cette lutte s’est déroulée de nuit. Deux volontés s’affrontent dans la lutte, celle d’un homme et celle de Dieu Dans les 2 récits un ange est présent, du moins dans la version de Luc Dans les 2 scènes lutte et prière vont de pair. Dans les 2 récits c’est l’homme qui est vainqueur. Dans les 2 récits c’est le plan de Dieu qui s’accomplit Dans les 2 cas c’est l’avenir d’un peuple qui est en jeu. Israël tirera son nom de cet épisode, et Jésus va accepter le sacrifice qui conduira à la naissance du Peuple de la Nouvelle Alliance, un peuple sans frontière de race ou de tribu, qui va rassembler les croyant d’origine juive comme d’origine païenne A l’issue du combat Jacob est touché à la hanche et boitera tout le reste de sa vie, A la sortie de Getsémané Jésus est prêt à offrir son corps et à verser son sang à la croix. Cette similitude ne m’était jamais apparue avec autant de clarté jusqu’à ces derniers jours, c’est comme si Jésus était repassé à sa manière dans les traces de son lointain ancêtre. Mais quelle leçon en tirer pour nous ? 2.Dans quelles circonstances Dieu se révèle-t-il ? Jacob est dans une situation critique. Comme certains spéléologues qui s’engagent dans un boyau étroit dans lequel ils savent qu’ils ne pourront pas revenir en arrière sans être sûrs non plus d’en arriver à bout. Il ne peut revenir auprès de Laban, les relations avec son oncle se sont tendues au fil des années. En fin de compte c’est Dieu lui-même qui lui dit de retourner vers son frère qu’il a du le fuir des années plus tôt pour sauver sa vie. Car Esaü, son frère jumeau, lui voue une haine mortelle après avoir été par 2 fois « supplanté » par Jacob, qui vole d’abord son droit d’aînesse pour un plat de lentilles, puis, chose bien plus grave, la bénédiction de son père Isaac, cette bénédiction qu’il destinait à Esaü, l’aîné. Rappel de l’histoire de Jacob : Rebecca, longtemps stérile, voit ses prières exaucées et met au monde non pas un mais deux fils jumeaux, Esaü et Jacob par ordre d’apparition sur la scène de ce monde ! Or il n’y a qu’une place pour un aîné dans une famille. Ce sera Esaü selon les lois en usage. Mais le choix de Dieu passe par Jacob Dès leur naissance ils seront en rivalité. Jacob signifie le supplanteur Bien que jumeaux ils ne se ressemblent pas : Jacob profite d’un moment de faiblesse d’Esaü pour lui acheter son droit d’aînesse. Non content de cela, il va lui ravir par ruse la bénédiction qu’Isaac s’apprêtait à accorder à Esaü C’en est trop, Rebecca comprend qu’à terme la vie de Jacob est en danger et organise sa fuite Jacob arrive chez son oncle, Laban au pays d’Aram, et tombe auprès d’un puits sur une belle jeune fille qui n’est autre que sa cousine Rachel. Dès le premier regard il en est amoureux. Mais il devra travailler 7 ans chez Laban pour pouvoir l’épouser, mais on l’oblige à épouser d’abord Léa, l’aînée. Il aura aussi Rachel, sa bien aimée, une semaine pus tard mais devra travailler encore 7 ans pour payer sa dot. Au bout de 20 ans de séjour chez Laban, dont il avait épousé les 2 filles, Jacob s’enfuit avec sa famille et ses troupeaux. Laban, jaloux de son gendre, le rejoignit en Galaad, mais n’a pu le molester, Dieu étant intervenu. Laban et Jacob conclurent une alliance, puis se séparèrent pour toujours. Or on apprend à Jacob qu’Esaü marche contre lui avec 400 hommes. Jacob ayant envoyé ses serviteurs avec les présents au devant d’Esaü, s’occupe à présent de sa famille. Il fait passer le torrent du Jabbok à ses femmes et ses 11 enfants, mais il a besoin de rester seul, peut-être a-t-il repassé le torrent dans l‘autre sens. Et c’est dans cette solitude nocturne que l’étrange rencontre va se faire. Dans les grandes épreuves de la vie, nous avons besoin du soutien de nos frères. Jésus demande à quelques disciples de veiller et de prier, mais ils en sont incapables. Jésus, comme Jacob sera seul dans la lutte. Dieu a besoin de silence et de solitude pour nous rencontrer. Tous les jours ce serait nécessaire, car tant de choses nous accaparent tout au long de la journée ! Quel temps laissons-nous à Dieu pour nous rencontrer, seuls, face à face ? Parfois il faut l’épreuve de la maladie pour nous donner cette occasion de rencontrer Dieu. L’accompagnement spirituel des malades est une chose fondamentale dans la vie d’une église 3.Que nous apprend ce passage sur le cheminement spirituel avec Dieu ? Dans cet épisode Dieu se révèle à Jacob, et à travers lui à tout le peuple d’Israël et à nous. Mais Jacob ne va le découvrir que progressivement. Alors Comment Dieu se révèle-t-il dans ce récit ? Un Dieu apparaissant tel un adversaire : Dieu n’est pas l’adversaire de l’homme. C’est le péché qui nous le fait percevoir comme tel. Il a plongé l’humanité entière dans un état tel que Dieu ne peut plus avoir directement l’homme en face de lui. Exode 33:20 L’Eternel dit: Tu ne pourras pas voir ma face, car l’homme ne peut me voir et vivre. La perception d’un Dieu-Adversaire est liée à notre condition de pécheur. Elle marque le début du récit. Mais la fin du récit est l’expérience de la grâce. Jacob demande la bénédiction et l’obtient. Le chemin spirituel est là. De la Loi à la grâce, Du péché au pardon, De la malédiction à la bénédiction, De la crainte à la confiance Que le Seigneur nous accorde à chacun cette bénédiction qui libère ! Matthieu 11:28 Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Un Dieu qui se cache (encore ) et ne révèle pas son nom : La rencontre a lieu la nuit. L’inconnu semble pressé de partir avant l’aurore. Il ne donnera pas son nom. Toute l’histoire de l’AT est marquée par cette révélation progressive du Seigneur. Presque absent de ce monde après la chute, Dieu revient peu à peu dans l’histoire humaine à travers par une révélation progressive et une présence de plus en plus palpable. Mais cette révélation ne sera totale qu’en en Jésus-Christ, le seul homme à pouvoir dire «celui qui m’a vu a vu le Père… » Seule l’incarnation permettra au Seigneur, devenu en tout point semblable à nous, de parler à des hommes en face à face par la bouche de son Fils. Son sacrifice nous ouvre le lieu très saint de sa présence et permettra au Saint Esprit d’habiter dans nos cœurs. Dès lors la rencontre entre Dieu et l’homme devient possible, et non sur la base d’un combat. Dieu ne sera plus jamais un adversaire sur notre chemin, mais l’Envoyé de Dieu, son Ange va parcourir les chemins de la Galilée et de la Judée pour y annoncer une bonne nouvelle. Et ses mains toucheront les hommes non pour les frapper à la hanche, mais pour les guérir de leurs infirmités. Le cheminement spirituel c’est de découvrir jour après jour, année après année, le vrai visage de notre Seigneur et la grandeur de Son Nom Un Dieu qui veut entrer en relation et se laisser atteindre par l’homme : C’est l’un des messages forts de ce texte. Le combat rapproché permet à 2 hommes de se connaître et de se jauger. Jacob n’a pas été seul à lutter avec Dieu pour obtenir de lui une parole, un signe, une délivrance ou une bénédiction. N’était-ce pas le cas de Job, à la fois se justifiant et demandant à Dieu une parole qui puisse donner sens à son épreuve incompréhensible ? N’est-ce pas le cas de David implorant tour à tour la délivrance ou le pardon à travers tant de psaumes ? … N’est-ce pas le combat de tout homme assailli par le doute ou la tentation, ou l’épreuve physique ou morale ? N’est-ce pas le combat de tout homme que Dieu conduit dans une situation à laquelle il voudrait échapper ? Jésus dans le jardin de Gétsémané où il demande (et n’obtient pas) que la coupe qui lui est destinée puisse s’éloigner de lui…Ce récit est aussi énigmatique que celui de Ge32. Un des grands débats de la Christologie des premiers siècle tournait autour de la question de savoir si Jésus avait une double volonté, l’une humaine et l’autre divine, la première soumise à la seconde, ou s’il n’avait qu’une seule volonté divine. Jésus ne savait-il pas qu’il devait mourir ? Alors pourquoi demander à Dieu d’éloigner cette coupe « si c’était possible ? » La lutte de Jésus avec Dieu est une lutte intérieure car il est à la fois parfaitement homme et parfaitement Dieu. L’Ange qui lui est envoyé n’est pas là pour l’affronter mais le soutenir. La prière de Jésus ne sera pas exaucée, mais celle de Jacob le sera. L’ange va bénir Jacob à l’aube, sans révéler son nom, mais c’est après une nuit de lutte. Jésus va accepter la volonté de son Père, mais non sans avoir lutté. Il a trente ans, il a tant de choses à faire encore, il ne veut pas mourir. : Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe! Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne. La lutte pour accepter la volonté de Dieu sur un chemin difficile, Jésus l’a connue. Nous pouvons aussi la connaître. Puissions-nous dire comme lui, ta volonté et non la mienne. Ex : Jean 21:18 En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra, et te mènera où tu ne voudras pas. Un Dieu qui veut façonner notre identité : L’inconnu ne révèle pas son nom, mais il change le nom de Jacob en Israël, révélant par là de manière indirecte qu’il parle avec l’autorité de Dieu. Cet événement sera marquant dans la vie de Jacob, il ne sera plus le même après, et se souviendra de cette rencontre jusqu’à la fin de sa vie. Toute expérience spirituelle authentique a une dimension personnelle et une valeur transformatrice. Un des grands dénominateurs communs à tous les évangéliques est, à côté de la place centrale et de l’autorité des Ecritures est de prêcher un christianisme de conversion. Parler de conversion c’est parler, d’une foi qui va au-delà d’une simple adhésion à des vérités affirmée par la communauté de l’Eglise, mais d’une vie transformée, d’une foi personnelle issue d’une rencontre au cours de laquelle notre identité est elle-même touchée. 4.Comment Jacob sort-il de cette rencontre ? Vainqueur : Il a été le plus fort jusqu’au moment où l’homme le frappe à la hanche. Il n’a pas obtenu le nom de son adversaire, mais a reçu la bénédiction réclamée et son nom va changer pour garder le souvenir de cette lutte victorieuse Ce nom et le souvenir de cette lutte il va les transmettre à tout un peuple dont il sera le père. Il aura eu le privilège de voir la face de son Dieu Mais aussi meurtri : Il boitera, probablement jusqu’à la fin de ses jours car son corps même a été touché. Il ne sera plus le même. Moins sûr de lui, ne faisant plus face aux situations délicates par sa ruse, prêt à accepter les épreuves qui vont s’abattre sur lui au moment de la disparition de son fils bien-aimé, Joseph avec une sorte d’accablement tragique. Il ne retrouvera qu’à la veille de sa mort la sérénité face au pharaon d’Egypte qui l’honore à cause de Joseph et qu’il va bénir. Une telle expérience est-elle unique et en quoi sommes-nous concernés ? Savons-nous reconnaître la présence de Dieu dans les circonstances difficiles de la vie ? Je suis frappé par cette question que je posais au début : A quoi Jacob reconnaît-il que cet homme n’est pas une créature ordinaire ? Comment a-t-il perçu cet inconnu dans la nuit au moment où s’engage la lutte, et comment cette perception a-t-elle changé ? Le texte dit simplement : 25 Voyant qu’il ne pouvait le vaincre, cet homme le frappa à l’emboîture de la hanche; et l’emboîture de la hanche de Jacob se démit pendant qu’il luttait avec lui. 26 Il dit: Laisse-moi aller, car l’aurore se lève. Et Jacob répondit: Je ne te laisserai point aller, que tu ne m’aies béni. Jacob a le dessus dans sa lutte. Mais c’est peut-être au moment ou la situation s’est retournée que Jacob a l’intuition d’être face à une puissance qui le dépasse. Mais alors cela signifie que Jacob découvre la présence de Dieu à l’instant même où, frappé à la hanche, il boitera jusqu’à la fin de ses jours. Nous vivons dans un véritable culte du corps et de la richesse matérielle aussi. Certains promettent la guérison à tous, d’autres la prospérité. Mais si nous n’avons ni l’un ni l’autre, que se passe-t-il ? Sommes-nous rejetés de Dieu ? Savons-nous discerner la présence de Dieu uniquement quand tout va bien, quand nous « avons le dessus » ou aussi quand tout va mal, quand notre corps est touché par la maladie, ou que nous « avons le dessous » ? Jacob semble réaliser qu’il est en présence de Dieu au moment même où il a le dessous… Savons-nous attendre sa bénédiction dans ces circonstances ? …Voyant qu’il ne pouvait le vaincre, cet homme le frappa à l’emboîture de la hanche; et l’emboîture de la hanche de Jacob se démit pendant qu’il luttait avec lui. 26Il dit: Laisse-moi aller, car l’aurore se lève. Et Jacob répondit: Je ne te laisserai point aller, que tu ne m’aies béni. Sachant à présent à qui il a à faire, Jacob ne laissera pas partir l’inconnu sans avoir obtenu sa bénédiction. Cette bénédiction initiale il l’avait obtenue par ruse en prenant la place d’Esaü devant Isaac vieux et aveugle. Il va la demander à présent à l’homme qui l’a rendu infirme. La bénédiction, c’est cette parole qui nous ‘oriente vers ‘ la vie, vers l’accomplissement du plan de Dieu. Mais c’est justement cela qu’il recherche. Jacob est devenu riche en troupeaux, mais il est prêt à s’en séparer pur acheter la paix avec Esaü son frère. La bénédiction de Dieu a plus de valeur pour lui qu’une infirmité à vie. Savons-nous qu’une bénédiction de Dieu se cache peut-être derrière nos épreuves et nos difficultés ? Jacob est un exemple de foi dans sa capacité à discerner la présence Dieu dans une circonstance étrange et d’adversité. Acceptons-nous d’être touchés au plus profond de nous-mêmes par l’action de Dieu sur nous et en nous ? Je disais au début que ce récit marque un tournant décisif dans la vie de Jacob. Aussi décisif que la rencontre de Saul avec le Seigneur ressuscité sur le chemin de Damas. Lui aussi avait lutté avec Dieu, contre lui sans le savoir, en persécutant son Eglise au nom de ses convictions religieuses. Lui aussi a eu la vision du Seigneur et l’a reconnu comme le Christ ressuscité, lui aussi a été touché dans son corps étant rendu aveugle, et lui aussi, bien que recouvrant sa vue, gardera toute sa vie une infirmité dont nous ne connaissons pas la nature, mais que Dieu lui laissera. Lui aussi verra son nom changé. De Saul son nom deviendra Paul 2 Cor 12 :7-9 7 Et pour que je ne sois pas enflé d’orgueil, à cause de l’excellence de ces révélations, il m’a été mis une écharde dans la chair, un ange de Satan pour me souffleter et m’empêcher de m’enorgueillir. 8 Trois fois j’ai prié le Seigneur de l’éloigner de moi, 9 et il m’a dit: Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse. Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi. Il a fallu que Saul meure pour que Paul une nouvelle créature puisse se développer. Il a fallu que Jacob, le supplanteur meure pour laisser la place à Israël, celui qui a lutté avec Dieu. Il n’y a pas de progression spirituelle sans cette transformation que la Bible appelle le dépouillement du vieil homme, et dont la circoncision est en quelque sorte l’image : Colossiens 2:11 Et c’est en lui que vous avez été circoncis d’une circoncision que la main n’a pas faite, mais de la circoncision de Christ, qui consiste dans le dépouillement du corps de la chair: La rencontre de Jacob avec l’ange est sous le signe à la fois de la bénédiction et du dépouillement, les deux étant liés. C’est peut être un message difficile à entendre dans un monde où succès et réussite sont souvent au centre des préoccupation même des chrétiens. La dynamique d’une vraie bénédiction passe parfois aussi par le dépouillement. Ce dépouillement extrême notre le Seigneur le connaîtra à la Croix. Et c’est à Gétsémané que cela s’est joué. La face du monde en a été bouleversée 5.Conclusion : Comment cette expérience va-t-elle influer sur la suite des événements ? La vie de Jacob en a aussi été bouleversée. Alors venons-en à la fin de l’histoire : Ge 33 :1 1 Jacob leva les yeux, et regarda; et voici, Esaü arrivait, avec quatre cents hommes. Il répartit les enfants entre Léa, Rachel, et les deux servantes. 3 Lui-même passa devant eux; et il se prosterna en terre sept fois, jusqu’à ce qu’il fût près de son frère. 4 Esaü courut à sa rencontre; il l’embrassa, se jeta à son cou, et le baisa. Et ils pleurèrent. La bénédiction de l’ange va avoir ses premiers effets. Le cœur d’Esaü a été touché en réponse à la prière de Jacob. Et Jacob va pouvoir pleurer sur les épaules de son frère autrefois ennemi. Tout est dit dans ces larmes à la fois de regret du passé et de joie de se retrouver comme des frères. Jacob s’appelle à présent Israël, il a lutté avec Dieu victorieusement en remportant sa bénédiction au prix de ou malgré son infirmité. Il va pouvoir à présent mettre de l’ordre dans son passé et se réconcilier avec son frère. Il a su discerner la présence mystérieuse de son Dieu dans le moment le plus critique de son existence, il est sorti transformé jusque dans son identité de cette rencontre. Jacob n’est plus le supplanteur, il a reçu un nom nouveau, une identité nouvelle qu’il va pouvoir transmettre aux générations futures, celle des enfants d’Israël. Il est entré dans le plan de Dieu. A la fin de sa vie il va bénir pharaon, le plus puissant monarque de la terre, car il est devenu source de bénédiction pour les autres. Puissions nous suivre un chemin analogue ! Daniel Wittmann |